Le meilleur des Flupa UX Days 2019

Par Nicolas.R et Maxime.L le 05/09/2019 dans Rex

Expertise

8 minutes

Pour la 8ème édition ce sont près de 1000 personnes, qui se sont retrouvées à la Cité des sciences et de l’industrie le vendredi 21 juin 2019. Un sujet au coeur des discussions : l’UX.

Trois grands thèmes ont été abordés : d’abord des sujets très techniques comme l’UX et la data, ensuite, des thèmes autour la compréhension de la valeur de l’UX et puis des réflexions autour de la responsabilité de l’UX. On a sélectionné le meilleur et on l’a synthétisé pour vous !

Comment améliorer sa technique en UX ?

Les Flupa UX days étaient une mine d’or pour trouver des nouvelles techniques. Quoi de mieux que les bonnes pratiques des experts pour améliorer sa technique ! Que ce soit sur la phase de recherche, la phase de conception ou la méthodologie, il y en a pour tous les goûts. Retour sur les bonnes pratiques.

Booster sa recherche utilisateur

Emmanuelle Marévéry, Consultante UX et innovation, nous propose d’utiliser la donnée pour pouvoir enrichir de manière significative notre phase de recherche, grâce à une méthodologie en 4 étapes.

Définir le cadre
Lorsque l’on commence à récolter des données, on peut rapidement posséder de nombreuses informations peu pertinentes pour la plupart. Emmanuelle nous donne l’exemple d’une entreprise qui vend des rasoirs. Chaque année, “14 000 km de poils sont coupés par an”. Difficile d’actionner cette information. Pour éviter ce problème, il est important de savoir à quelle problématique va répondre la data.

Récolter des données brutes
Des données, il y en a partout ! Par exemple :

  • Les données de votre application/site
  • Avis clients (store)
  • Articles (medium, blog,…)
  • Google trends
  • Answer the public
  • Wikipédia
  • Google Analytics

Si ce n’est pas suffisant et que vous avez besoin de données plus précises, vous pouvez en créer vous-même :

  • Études quantitatives on line
  • Complétion de phrase sur Twitter
  • Sondage sur les réseaux sociaux
  • Cas d’étude : Observation quantitative

Préparer et traiter les données
Maintenant, il est temps de traiter la donnée. Voici quelques outils :

  • Wordle
  • Wordart (gratuit, facile)
  • XLSTAT
  • SPSS
  • R ou python

Donner du sens à la donnée
Il s’agit sans doute de la partie la plus délicate. Une fois que les données ont été traitées, comment les interpréter ? Voici quelques conseils :

  • La visualisation de données permet une meilleure interprétation
  • Il est très important de contextualiser les données
  • L’erreur la plus commune est de confondre corrélation et causalité

Etre précis dans la conception de ses prototypes

Durant la phase de conception, la question de la qualité du prototype se pose toujours. Quel niveau de fidélité avoir pour obtenir les meilleurs retours utilisateurs ?

Durant cette journée, cette réflexion a été abordée sous deux angles différents : d’un côté, Blablacar nous a fait un retour sur la construction d’une fonctionnalité de leur application. De l’autre, Octo, qui a accompagné un magasin de bricolage, nous a raconté comment introduire de l’UX dans une expérience physique.

Pour mener des tests utilisateurs sans avoir le produit final, la clé est de recréer une expérience semblable. Si durant un test, vous devez dire au testeur “Là, il faut vous imaginer que …”, cela veut certainement dire que votre prototype n’est pas assez fidèle.

Avoir une méthodologie plus performante

La méthodologie du design sprint est bien connue pour construire un produit de qualité avec peu de ressources. Marc Stickdorn, Co-Founder et CEO de More Than Metrics, nous offre des conseils d’expert pour améliorer notre maîtrise du design sprint appliquée au service design.

Parmi les 12 conseils, voici trois d’entre eux qui ont retenu notre attention :

  • Make shitty first draft : On a tendance à vouloir rendre quelque chose de bien tout de suite. En effet, quand un prototype permet de valider des hypothèses, son objectif est accompli !
  • Prototype in the real world : conseil qui fait écho à celui de Blablacar ou de Octo. Il faut recréer une expérience semblable. La réalité reste le meilleur terrain.
  • It’s not about tools, it’s about changing reality : En s’imposant un process trop contraignant, on en oublie l’impact que celui-ci aura sur le quotidien des utilisateurs.

Cependant, Marc nous avertit de garder les pieds sur terre : « Clients don’t want service design, they want problems solved ». Entre UX designers, nous pouvons affiner nos techniques et améliorer notre méthodologie. Il faut également savoir parler avec les clients et les collaborateurs, leur faire comprendre comment fonctionne le métier et quelle en est la valeur ajoutée.

Quelles sont les conséquences de l’évolution de l’UX ?

Dans les organisations, les personnes à convaincre ne sont plus les mêmes. Les décideurs ont compris la valeur de l’UX. v

Morgane Peng, Directrice de l’UX & Design pour la banque de financement et d’investissement de la Société Générale, nous a fait part de son expérience sur des comportements bloquants dans l’adoption et la compréhension de l’UX. Elle nous a présenté 3 personae, Jean l’hostile, Paul le méprisant et Audrey la manipulatrice qui incarnent chacun un type de blocage.

Un manque de culture

Dans le cas de Jean, il s’agit d’un problème de culture. L’approche centrée utilisateur ne fait pas partie de son modèle mental. De ce fait, il a tendance à penser que les blocages viennent des utilisateurs. Pour y pallier, la solution de Jean est d’ajouter de la formation et non de travailler sur l’interface. Par ailleurs, Jean occupe généralement un poste de manager, qui propose des démarches, les présente et les défend auprès de ses supérieurs. Pour Jean, reconnaître ne pas savoir ce que veulent les utilisateurs est une faiblesse.

Pour collaborer avec ce dernier, il y a deux solutions :

  • D’abord, commencer petit en posant des questions naïves, puis en faisant quelques interviews et pourquoi pas continuer en invitant des utilisateurs à un atelier de co-construction ?
  • Puis, montrer que d’autres le font déjà. Cela peut être citer la concurrence ou une autre équipe au sein de l’entreprise avec qui la démarche centrée utilisateur a bien fonctionné

Un manque d’organisation

Dans le cas de Paul, c’est un problème d’organisation. Il sait ce qu’est l’UX mais pas comment l’intégrer dans ses process.

Pour collaborer avec Paul, il y a deux solutions :

  • Standardiser les procédés. Il s’agit d’expliciter la méthodo, de l’avoir écrite quelque part et d’expliquer ce qui est important. Si Paul ne veut pas faire les tests utilisateurs, il faudra alors lui expliquer qu’il est hors process.
  • Standardiser les qualifications. Il s’agit ici de lister les compétences et tâches faites par un designer.

Un manque de compréhension business

Audrey est capable de demander à un designer de “faire des écrans” un vendredi soir pour ajouter un effet “wahou” à sa présentation. Il s’agit d’un problème métier. Audrey sait exactement ce qu’est l’UX mais dévie l’usage du design pour camoufler un problème business.

Pour Audrey, la principale technique est de passer d’une posture ressource à celle d’un allié. Cela implique de savoir dire non et d’adapter les process de design à la stratégie d’entreprise.

Ce changement de posture est un sujet qui a également été traité par Jean-Yves Rigal dans un autre contexte.

Un changement de posture

Jean-Yves Rigal, Lead UX/CX & Service Design et Coach UX chez Daventure nous donne une autre clé d’entrée. Pour des produits et services qui deviennent de plus en plus complexes, le designer perd le contrôle. Sa posture doit évoluer : passer de quelqu’un qui fait à quelqu’un qui enseigne et facilite. Une des manières des plus plébiscitées est l’organisation d’ateliers de conception.

Destinés à des publics de plus en plus larges, les interfaces designées avec une approche centrée utilisateur voient leur complexité croître de manière exponentielle. Avec cette augmentation naît de nouvelles questions de responsabilité.

Destinés à des publics de plus en plus larges, les interfaces designées avec une approche centrée utilisateur voient leur complexité croître de manière exponentielle. Avec cette augmentation naît de nouvelles questions de responsabilité.

Que veut dire être responsable avec l’UX ?

Etre inclusif

L’inclusion a toujours été un sujet important dans l’esprit des personnes travaillant sur l’expérience utilisateur. Comme le dit Steve Krug, auteur de “Don’t make me think”, les designers sont, par nature, des gens empathiques. Faire un design inclusif est une préoccupation naturelle pour eux. Du côté des décideurs, les objectifs sont en train de converger : qui dit inclusion dit plus d’utilisateurs et donc plus de revenus.

Cette année, le design inclusif est abordé sous l’angle des handicaps liés aux troubles de l’anxiété par Charlotte Breton. En se basant sur le design inclusif de Microsoft et sur ses recherches liées au stress, elle nous donne trois guidelines pour la conception d’interfaces :

  • Supprimer toute interprétation et toutes zones grises possibles dans les formulations des boutons par exemple.
  • Accepter les erreurs. Permettre à l’utilisateur de revenir en arrière sans que cela ne soit coûteux pour lui
  • Être transparent sur ce que l’on attend de l’utilisateur et sur ce que cela implique pour lui

Etre écolo

Aurélie Baton, UX designer chez IBM, aborde un sujet d’actualité, à savoir le changement climatique. Elle nous donne des pistes pour un design durable des applications. Il est ainsi possible d’améliorer l’expérience utilisateur tout en respectant des principes d’éco-conception. Voici 5 pratiques à conserver à l’issue de la conférence.

  • Limiter les vidéos et animations
  • Éviter les vidéos en fond ou l’autoplay
  • Remplacer le format bitmap par du vectoriel
  • Compresser les documents à télécharger
  • Faire le choix d’un hébergeur vert

Si l’utilisateur a le choix entre télécharger une bande audio en haute qualité et en très haute qualité, il fera le second choix. La différence pour lui ? Aucune. En revanche, au niveau de la consommation énergétique, c’est un petit écart qui est multiplié par le nombre d’utilisateurs et qui donc a un impact majeur sur l’environnement. Ainsi, l’UX c’est pouvoir donner du confort mais c’est aussi savoir balayer le superflu.

Etre éthique

Steve Krug mentionne l’éthique dès sa keynote d’ouverture. Digitaliser implique de créer, mais aussi de détruire. Les tests d’usabilité sont utilisés afin d’améliorer l’addiction ou la loyauté à la marque. Emmanuelle Marévéry durant sa présentation prend également position. Faire de la recherche sur les données oui, mais à condition de savoir pourquoi on les utilise.

À la question “Souhaitez-vous vous engager dans ce combat ?”, c’est à chacun de répondre personnellement. Steve nous donne néanmoins un conseil : « trust your instinct and fight for the battles that are worth it »

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Nicolas

Product Designer

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Maxime

Product Designer